Les chiffres sont là, implacables : pendant que les brochures vantent un service légendaire, les écoles hôtelières se vident et les meilleurs éléments s'évaporent vers d'autres horizons professionnels. Comment s'en étonner ? Mal payés, peu considérés, sans véritables perspectives d'évolution, les travailleurs du tourisme mauricien sont les grands oubliés du miracle économique insulaire.
Faut-il pour autant se résigner ? Certainement pas. La création d'une Académie nationale du tourisme d'excellence constituerait un premier pas décisif, à condition qu'elle ne soit pas un énième gadget administratif mais une véritable pépinière d'excellence, ouverte sur le monde.
Plus ambitieux encore serait un système de certification professionnelle qui reconnaîtrait enfin la valeur de l'expérience acquise. Car c'est bien là le paradoxe mauricien : on vante l'hospitalité insulaire dans toutes les langues, mais ceux qui l'incarnent peinent à faire reconnaître leurs compétences.
La revalorisation des métiers du tourisme passe également par un changement radical de regard. Quand comprendra-t-on que servir n'est pas servile et que l'excellence relationnelle vaut bien l'expertise comptable ou l'ingénierie informatique ?
Face aux stratégies low-cost de certains concurrents régionaux, Maurice doit faire le choix courageux de l'excellence humaine. Non pas comme un slogan marketing de plus, mais comme une politique cohérente alliant formation, reconnaissance et innovation sociale.
Le temps presse. À l'heure où les Seychelles, les Maldives et même Madagascar affûtent leurs armes, Maurice ne peut se permettre le luxe de l'immobilisme. L'avenir touristique de l'île se joue maintenant, dans la capacité des pouvoirs publics et des opérateurs privés à réinventer ensemble un modèle d'hospitalité qui a fait ses preuves mais qui s'essouffle dangereusement.
Alors, Maurice saura-t-elle relever ce défi existentiel ? La réponse appartient autant aux décideurs qu'à chaque citoyen mauricien. Car ce n'est pas seulement d'une industrie dont il s'agit, mais d'une certaine idée de Maurice, celle d'une île où l'excellence n'est pas un vain mot.
Jean-Joseph PERMAL