Du Jamel Comedy Club aux salles prestigieuses de l'Hexagone, des plateaux de cinéma aux écrans de télévision, Abittan a su conquérir un public fidèle par son humour tantôt incisif, tantôt tendre. Sa participation remarquée à la saga "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" a définitivement consacré sa popularité internationale.
En foulant les planches mauriciennes, l'artiste proposera un voyage humoristique où se mêleront observations acérées, autodérision et cette chaleur humaine qui caractérise ses spectacles. Une rencontre prometteuse entre un conteur d'histoires moderne et un public insulaire, sous les étoiles de l'océan Indien. Une invitation pour aller tire chez l’Abittan, en somme.
J'imagine que vous connaissiez déjà l'île Maurice. Qu'est-ce qui vous a convaincu à venir cette fois-ci faire un show ?
Écoutez, moi je voulais absolument venir faire mon spectacle ici. Ça fait des années que je viens à l'île Maurice avec mes filles.
On allait souvent au Club Med, à la Pointe-aux-Canoniers. Donc je venais régulièrement, tous les ans, si ce n'est pas deux fois par an. Donc je voulais venir ici d'abord parce que j'aime l'île Maurice, j'aime le peuple mauricien. Et c'est un bonheur ici, vraiment, vous voyez. Même quand il pleut, la pluie, elle est gentille. Donc voilà, je voulais absolument, et je suis très heureux d'être ici. Et puis voilà, Moshin m'a proposé de venir jouer ici et j'ai tout de suite accepté.
Qu'est-ce que vous nous avez concocté ?
Je viens avec mon nouveau spectacle que je tourne déjà depuis quelques mois à Paris. Je viens de faire la Cigale où on a fait une semaine complète à Paris. Ce nouveau spectacle, c'est un des spectacles les plus sincères que j'ai pu écrire. Je l'ai écrit avec mon cœur, avec mon âme. Et la chance d'être humoriste, d'être un comique, c'est de pouvoir parler de ce qu'on a vécu. Donc je l'ai écrit, je l'ai joué. Vous savez, il y a des spectacles qu'on écrit pour les autres, et il y a des spectacles qu'on écrit pour tenir debout.Et celui-là, c'est les deux. D
Est-ce qu'il y aura un peu de l’île Maurice dans ce spectacle ?
Il y a toujours dans mes spectacles un peu des endroits où je me produit. Parce que j'aime jouer avec la salle. C'est souvent , en général, beaucoup d'improvisation. Mais oui, il y aura un petit mot, évidemment, et ce sera un petit peu dans tout le spectacle, comme ça, un peu dissimulé dans tout le spectacle.
Votre humour s'inspire souvent de votre vie personnelle et de vos origines judéo-tunisiennes. Comment équilibrez-vous le partage d'expériences personnelles avec la création d'un humour universel qui touche un large public ?
Vous avez raison de dire ça, parce qu'en fait, plus c'est personnel, plus c'est universel. Donc, oui, je parle de mes enfants, je parle de mes parents, je parle de ce que j'ai vécu, je parle de mes enfants qui sont grands maintenant, l'adolescence. Voilà, je leur raconte comment on est obligé d'avoir TikTok avec nos enfants, parce que sinon, on est ringard, quoi.
Et je parle de mes ex, je parle... Vraiment, c'est un spectacle extrêmement personnel, et clairement, en fait, je parle de vous, je parle du public. Donc, les gens se retrouvent énormément et ça rit très fort dans la salle.
Après votre succès dans "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?", comment avez-vous géré la notoriété soudaine et qu'est-ce que cette expérience a changé dans votre approche de la comédie ?
Écoutez, j'avais déjà joué dans d'autres films avant, j'avais déjà fait un spectacle, donc il y avait quand même un peu de notoriété. Après, on ne s'attend jamais à un succès comme celui-ci. On a fait 13 millions d'entrées pour le premier, ça a été énorme, ça a été fou, et puis c'est surtout qu'on a réussi à mettre les gens dans une salle parce qu'on aspire tous à la même chose, c'est-à-dire à vivre ensemble et en paix.
Et ce film a réuni tous les Français, de toutes les confessions, et c'est ça qui était amusant, de pouvoir voir les salles pleines tous les jours. J'avais ce bonheur d'aller avec Mehdi mon ami Doune dans le film, et dans la vie aussi, où on allait dans toutes les salles de cinéma, on restait cinq minutes, on prenait des photos avec les gens, c'était fou, c'était incroyable. On ne s'attend jamais à un succès comme celui-ci.
Est-ce que le modèle de vivre ensemble de l’île Maurice est une inspiration aussi pour vous ?
Oui, c'est vrai, c'est vrai. C'est-à-dire qu'en fait, quand j'arrive à faire rire les Mauriciens, j'ai tout gagné dans ma vie. Donc je suis très heureux pour ça, parce qu'il y a quelque chose de... Vous avez le rire juste, et c'est un exemple de zénitude. Que ce soit à l'île Maurice, que ce soit ici à l'hôtel, que ce soit sur les plages, il y a quelque chose, il y a une énergie, un rythme, il n'y a nulle part ailleurs.
Vous alternez entre one-man-shows et cinéma. Quelle forme artistique vous permet le mieux de vous exprimer et pourquoi ?
Écoutez, vous savez, la journée c'est fait pour tourner au cinéma, le soir c'est fait pour aller au théâtre, donc vraiment tout ça est très complémentaire.
La société française a beaucoup évolué depuis vos débuts. Y a-t-il des sujets que vous abordiez avant et que vous évitez maintenant, ou inversement ?
J'essaye de ne pas me censurer, parce que je crois que la pire des censures, c'est l'autocensure. Encore une fois, j'écris ce spectacle où je parle de moi, où je ne me moque de personne, je raconte les épreuves de la vie, je raconte ce que j'ai vécu ces trois dernières années, donc je le fais avec beaucoup de bienveillance, avec beaucoup d'amour, avec beaucoup de sincérité, mais le propre de l'humour, d'abord, c'est l'autodérision, c'est-à-dire se moquer de soi-même.
Je ne parle que de moi, en fait. Mais est-ce qu'on peut rire de tout ? Évidemment, on peut rire de tout, pas avec n'importe qui, mais on peut surtout rire quand c'est drôle, quand c'est bienveillant et quand c'est jamais méchant. Oui, voilà.
Est-ce que la vie que vous menez aujourd'hui est celle que vous aviez rêvée ?
J'ai rêvé de ça. Je l'ai voulu vraiment. Je suis un petit gars de Sarcelles. C'est une ville dans le 95, une banlieue, où j'étais chauffeur-taxi à 20 ans, que je voulais faire comme mon père. Et vous savez, nous, les mecs, on veut tout faire comme notre père ou rien faire comme notre père. Eh bien, j'ai fait un peu comme mon père, et puis après, j'ai été dirigé par là, par juste l'envie de distraire et de faire rire les gens.
Oui, j'ai rêvé de cette vie. Et aujourd'hui, je suis très heureux parce que je remonte sur scène, je fais rire les gens et je partage. Voilà, c'est ça mon bonheur, c'est de partager.
Quelles sont les rencontres qui ont été déterminantes dans votre carrière ?
Beaucoup de rencontres ont été déterminantes. J'ai rencontré, au début de ma carrière, Michel Boujenah, j'ai rencontré Gad Elmaleh, j'ai rencontré Raphaël Mezrahi, Claude Lelouch, avec qui j'ai tourné, Philippe Dechauveur, le réalisateur de « Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? » Tout ça, on fait que ça a été un parcours où je me suis laissé emporter par les choses comme de l'eau, finalement.C'est-à-dire, quand c'est fluide, j'y vais. Quand ça coince un peu, pas la peine. Est-ce qu'il y a des grands comics français desquels vous vous réclamez ou pas du tout ? J'ai adoré Eli Kakou.Eli Kakou qui avait les mêmes origines que moi. Quand je l'entendais à la télé parler de sa mère ou de sa tante ou de sa vie, je me suis dit, on a le droit de faire ça à la télé. C'est ce que j'ai envie de faire, moi aussi. Ça m'a beaucoup inspiré. Et puis j'y suis allé en me disant, tiens, moi aussi j'ai des choses à dire.
Vous êtes un homme heureux ?
Je suis un homme heureux. Je suis un homme neuf et je suis un homme transformé. D'accord.
Au-delà du rire, quel est le message et quelle émotion espérez-vous laisser à votre public à la fin du spectacle ?
L'émotion, elle est simple. C'est rire ensemble, c'est partager avec bienveillance et sortir de là avec légèreté. D'accord.
Est-ce que l'artiste a droit à une opinion politique ?
L'artiste a le droit à une opinion politique, évidemment. Moi, je n'ai pas d'opinion. Je suis un humain. Je ne suis pas militant.Je milite pour, évidemment, la paix et vivre ensemble. Ce à quoi on aspire tous.
Que vous inspire la France d'aujourd'hui ? C'est le pays dans lequel vous aimez vivre ?
La France d'aujourd'hui, elle évolue, comme dans tous les pays du monde, comme tout ce qui se passe dans le monde. J'aime la France profondément. Je suis né en France, je suis né en banlieue où toutes les communautés vivaient dans le même immeuble. C'est la France que j'aime et c'est la France que je souhaite. Voilà. Alors, comme beaucoup de sociétés, elle se transforme, elle change. Et j'espère tout pour le mieux.
C’est Titanium Events qui est derrière ce spectacle dont la première partie sera assurée par l’humoriste mauricien, Vincent Duvergé.
Propos recueillis par JJ Permal